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Blog de Ludovic Brossard

La bio pour tous!

20 Février 2022, 14:51pm

Publié par Ludovic Brossard

La bio pour tous!

La crise que traversent actuellement les enseignes de la bio ou les magasins de producteurs disent surtout la difficulté à bâtir des systèmes alimentaires résilients et solidaires.

Sans des politiques plus volontaristes pour développer la consommation de produits locaux et bio, nos efforts pour installer de jeunes agriculteurs et agricultrices sur des modèles en agroécologie comme nos efforts pour préserver la santé de nos concitoyens en sensibilisant à la consommation de produits frais et équilibrés seront vains.

Concilier la qualité nutritionnelle de notre alimentation, sa durabilité en s’assurant qu’elle soit accessible financièrement à toute la population est une équation complexe à résoudre. Pourtant, des leviers existent. Une des solutions réside dans notre capacité à dépasser les normes et organisations actuelles d'une économie basée sur une concurrence généralisée. Dès lors, l'enjeu est bien de favoriser la présence de commerce alimentaire qui proposent des produits issus d'une agriculture durable, organisés autour de rapports commerciaux équitables et transparents plutôt que des acteurs de la consommation de masse qui ont profité ces dernières années de la confiance dans le label bio pour s'enrichir.

Nous avons laissé se créer de véritables déserts alimentaires durables

Une alimentation durable et de qualité est déterminante dans les enjeux de santé (considérant la prévalence chez les personnes le plus précaires de certains problèmes de santé) comme des impacts environnementaux des activités humaines (ex: 1/3 des GES sont dues à notre alimentation). Produire, partager, vendre et consommer des aliments plus durables doit être aujourd'hui une politique transversale mise en œuvre à toutes les échelles. Mais cette politique se heurte à celles qui, depuis des décennies, favorisent le développement et la concentration des acteurs de la grande distribution dont la prospérité et la création de valeur ajoutée reposent sur des marges faibles et des effets de volume qui accentuent la pression sur les secteurs amont. Les prix et la valeur ajouté agricoles diminuent en effet depuis 20 ans, en résulte une véritable hémorragie du nombre de ferme, d'agriculteur et d'agricultrice sur nos territoires et une paupérisation de ces derniers (17% vivent sous le seuil de pauvreté).

Dès lors, comment développer des systèmes alimentaires plus durables si aucune régulation ne vient contrecarrer ce modèle économique hyperconcentré, basé sur quelques centrales d'achats (En France: 6 centrales d'achats gèrent 92% du marché de produits alimentaires), régressives socialement et culturellement appauvrissante (Le Monde, "En grande distribution, certaines sont capables de tuer un fournisseur sans ciller", 2019) ? Rappelons le quasi monopole des enseignes de la grande distribution: 87% des produits alimentaires achetés pour la consommation à domicile proviennent de la grande distribution et du hard discount.

Comment accroitre les échanges entre producteurs locaux et consommateurs si nous sommes incapables de dissuader l'installation sur nos quartiers de discount alimentaire, de drive d'une grande enseigne qui met des produits bio en tête de gondole et propose une baguette à 29 centimes ?

Comment favoriser d'autres pratiques alimentaires, sensibiliser à la saisonnalité, former aux gestes culinaires nos concitoyens si nous laissons s'installer de véritable désert alimentaire durable, sans d'autres options que la grande distribution et son corollaire, une nourriture à bas prix et ultra-transformée ?

Sur Rennes, notamment dans le cadre de notre Projet Alimentaire Durable, nous soutenons le développement les circuits de proximité grâce à la commande publique pour alimenter les écoles primaires. Nous faisons également la promotion d'alternatives comme le proposent l'association VRAC et au côté d'acteurs associatifs, sensibilisons à une alimentation saine et durable. Mais comment ces actions et alternatives peuvent perdurer et se généraliser si nous ne régulons pas un minimum l'offre alimentaire ?

Nous avons pourtant tout un arsenal règlementaire, certes imparfait, à notre disposition pour mieux planifier sur nos territoires l'installation d'enseignes commerciales sur des cahiers des charges plus durables. Il est bien de notre responsabilité de favoriser des débouchés rémunérateurs pour nos agriculteurs tout en proposant des produits fermiers de meilleurs qualités nutritionnels et accessibles pour tous.

Cuisine partagée du P'tit Blosneur (Rennes)

Cuisine partagée du P'tit Blosneur (Rennes)

Face aux inégalités d'accès à l'alimentation, socialiser notre alimentation !

"Les aliments dont il est recommandé d’augmenter la consommation, comme les fruits et légumes, sont des sources chères de calories, alors que les aliments gras et sucrés apportent des calories bon marché. C’est pourquoi il est plus difficile d’avoir une alimentation équilibrée lorsqu’on a un petit budget (Revue "Ressources" de l'INRAe, février 2022).

Le prix est un élément déterminant pour le choix du consommateur, le pouvoir d'achat est une préoccupation centrale pour de nombreux français. Raisonner l'offre alimentaire de masse ne résoudra pas tout, raison pour laquelle la consommation de produits bio et locaux ne pourra être soutenable et acceptable que dans une société qui fait de la justice sociale un axe central de toute politique publique et qui doit encourager des manières de consommer plus durablement (moins de viande et de produits transformés). N'oublions pas que les coûts environnementaux, sociaux et de santé liés à l’alimentation sont des externalités que les citoyens paient par ailleurs (impôts, sécurité sociale, etc.).

Socialiser notre alimentation pour lutter contre les inégalités, c'est ce qui motive le projet que nous portons sur Rennes et la Métropole de carte alimentation durable, un outil non stigmatisant pour permettre l'accès à une alimentation de qualité pour tous. D'autres mesures sont à développer et à plus grande échelle, comme la création d'une sécurité sociale de l'alimentation ou la variation du taux de TVA pour les produits bio. Autant de mesures qui doivent nourrir un nouveau contrat social, "car l’alimentation est un moyen de se relier à soi, à sa santé et à son plaisir : de se relier aux autres, comme aux vivants" (Une écologie de l’alimentation, de Nicolas Bricas, Damien Conaré et Marie Walser, éditions Quae, 2021).

La finitude des ressources naturelles doit structurer notre rapport au monde et se traduire par des choix clairs sur ce qui est nécessaire et soutenable de produire. Engageons notre action politique pour changer les déterminants économiques de l'offre alimentaire, régulons, stimulons la demande vers des produits bio et locaux et sensibilisons à de nouvelles pratiques de consommation. Ces actions doivent contribuer à préserver nos commerces alimentaires de proximité comme les magasins Brin d'herbe ou Scarabée Biocoop, des acteurs indispensables pour une économie résiliente et basée sur la réciprocité. Permettre à ces modèles de se développer est aussi indispensable pour dessiner une économie aux services des habitants et instituer une véritable démocratie alimentaire. L'alimentation n'est pas un bien commercial comme les autres, elle est un bien commun!

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