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Blog d'un citoyen rennais engagé pour une société juste, respectueuse des hommes et de notre environnement. Élu depuis juin 2020 à la mairie de Rennes, délégué à l'agriculture urbaine et l'alimentation durable, élu des quartiers Saint-Martin et Bellangerais. Je travaille dans une collectivité locale sur l'animation d'un Projet Alimentaire Territorial afin d'accompagner le développement de l'agriculture biologique, les circuits courts et l'accès à une alimentation saine et équilibrée pour tous. Ancien co-président d'un conseil de quartier

Blog de Ludovic Brossard

Nos jours d'après

 

Banksy, "Trolley Hunters"

J’écris ces lignes au moment où les français.es connaissent leurs premières heures de confinement. Face à l’épidémie de Covid-19 et l’urgence d’une prise en charge rapide des premières personnes infectées, les services hospitaliers répondent présents. La solidarité, parfois spontanée, tisse ou retisse les liens entre confinés ou celles et ceux, personnes âgées, sans-abris… souvent plus habitué.es aux confins de nos sociétés, et qui  voient un peu de leur solitude mieux considérée en cette période.

S’il est bien une vertu à ces périodes de crise, c’est qu’elles font à chaque fois surgir l’évidence que notre service public de proximité est une garantie à la cohésion sociale, une barrière à l’indifférence face aux inégalités qu’une crise financière ou sanitaire ne manquerait pas de creuser, jusqu’à distendre ce qui fait l’unité d’une nation, nos liens. 

Cette crise sanitaire et ses conséquences en matière économique ou sociale montre aussi toutes les limites de notre organisation et l’urgence d’évoquer, une fois éloignée l’angoisse mortifère de cette épidémie la manière dont nous pourrons construire des organisations plus solides et des territoires plus résilients.

#1 Redémarrer l’économie…comme avant ?

23/03/2020

Avant cela, il nous faudra répondre à certaines urgences. Ainsi, de manière complémentaire au soutien public de l’Etat et d’autres collectivités, pour préserver les entreprises (dispositif exceptionnel de chômage partiel, fonds de solidarité…) il nous faudra proposer une politique budgétaire généreuse et ne pas répondre à la récession par l’austérité que certains états européens avaient imposé après la crise financière de 2008. Un plan de relance, à l’échelle européenne et nationale devra soutenir à nouveau les investissements.

L’opportunité sera trop belle pour ne pas ajuster alors notre système productif à la transition écologique et orienter les aides en conséquences. Car cette crise sanitaire ne gomme pas cette impérieuse nécessité, au contraire. Elle met en évidence, d'une part le caractère stratégique de certaines filières (l’alimentation et sa logistique…) qui participent à la résilience (aptitude à résister aux chocs et aux perturbations) de nos territoires et qui ne peuvent être abandonnées à une économie mondialisée. D’autre part l’importance d’assoir nos capacités de production sur le socle plus durable d’un économie symbiotique, économe en énergie et en matière. Enfin de renforcer notre autonomie et la coopération entre les territoires. Bâtiment, infrastructure, agriculture…une nouvelle alliance avec le vivant est à construire pour préserver la souveraineté de nos sociétés, elle constitue également un formidable levier de création d’emploi et de développement sur notre territoire (filière bois-terre-paille, agriculture biologique et circuits courts, mobilités décarbonnées…).

L’évidence n’est pourtant pas encore partagée, aujourd'hui, sur proposition de député.es (M. Orphelin, D. Potier…) un amendement au plan d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 et proposant un grand plan de relance en faveur du climat a été rejeté par l’assemblée nationale (Reporterre du 23/03/2020 https://reporterre.net/Coronavirus-le-plan-de-transformation-ecologique-et-sociale-rejete-au-Parlement ).

La crise climatique et la chute du vivant sont depuis peu dans le champ de l’attention collective, plaçons-les désormais, après cette crise sanitaire au cœur de nos politiques, à commencer par nos choix en matière de développement économique sur la Métropole rennaise. Les jours d’après nous en donnent une formidable occasion, à nous d’agir.

Nos jours d'après

#2 Grande distribution, la faim de l’abondance ?

26/03/2020

Faire nos courses en grande surface représente aujourd’hui une des rares occasions de rompre l’isolement du confinement. Le contexte, pour le moins anxiogène, rend ces lieux de consommation alimentaire plus que jamais indispensables et les personnes qui y travaillent (ces travailleurs du « dernier kilomètre »), comme les caissiers ou caissières, un maillon essentiel de la chaîne alimentaire. Ces dernier.es étant, il faut le rappeler, trop peu protégé.es du risque sanitaire.  

Aujourd’hui nécessaires, ces lieux de consommation le seront-ils demain, quand nos sociétés devront inciter à consommer moins et mieux et préparer une trajectoire compatible avec la neutralité carbone en 2050 ? La grande distribution s’adaptera-t-elle, alors que l’on constate que cette consommation de masse, sous le vernis de l’abondance semble retarder plus que jamais le basculement vers des modes de consommation plus durable ?  

Nous avons fait le choix, dans les années 60 et 70, au nom du pouvoir d’achat, de privilégier la concentration de l’offre alimentaire en laissant de grandes surfaces commerciales s’installer (et leurs infrastructures routères), le plus souvent en périphérie des villes, grignotant par la même occasion toujours un peu plus de foncier. La distribution de masse a ainsi mis à la disposition d’un nombre croissant de Français des objets de consommation de plus en plus nombreux et diversifiés. En se développant autour du triptyque « marge réduite, prix bas, gros volume », la grande distribution a favorisé une standardisation des denrées alimentaires dont on retrouve trace jusque dans le faible choix variétal des semences. Développement qui s’est accompagné par une concentration des moyens de transformation et de distribution, via de gigantesque plateforme de logistique.

La grande distribution est adaptée à une consommation de masse indifférenciée dont elle a favorisé l’épanouissement. Aujourd’hui, pas son organisation, cette formule peine à s’adapter aux évolutions démographiques, sociales et culturelle, comme la demande de produits locaux ou la recherche d’un juste prix pour les agriculteur.rices. Exemple parmi d’autres, dans une étude publiée le 22 août 2019, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir présentait les sur-marges appliquées par les enseignes de la grande distribution aux produits issus de l’agriculture biologique, démontrant le manque de transparence d’un système qui a fait le pari de l’abondance plutôt que du sens.

Le 24 mars 2020, Bruno Le Maire, Ministre de l’économie, pour répondre à l’interdiction des marchés de plein air, appelait la grande distribution à privilégier les produits agricoles français. Cette annonce révélait, au mieux une preuve de la méconnaissance totale du fonctionnement de la filière alimentaire, au pire, un cynisme incroyable.

Tout comme la majorité du e-commerce (est-il besoin de rappeler les impacts d’Amazon ?), la grande distribution, pour des raisons autant structurelles (la dépendance au centrale d’achat, l’actionnariat…) qu’en raison de l’ADN de son modèle économique (« marge réduite, prix bas, gros volume ») ne pourra jamais assimiler des produits de faible volume, non calibrés. Nous ne retrouverons jamais dans ses rayons les produits que d’ordinaires nous retrouvons sur les marchés de plein air ou des magasins de producteur.rices. Toutefois, elle a démontré qu’elle pouvait, pendant cette crise (et pourquoi pas après ?), privilégier les produits français lorsque ces produits, issus des filières de l’agro-industrie, refoulés par la fermeture des frontières ne trouvaient plus leur chemin vers les caddies des consommateurs du monde entier. 

Jean Tirolle, prix nobel d’économie en 2014 évoquait dans le journal Le Monde daté du 26 mars dernier « l’irrationalité collective » dont nous faisons preuve face à des défis comme celui du réchauffement climatique. Il semble inévitable d’y répondre en construisant des comportements plus coopératifs et altruistes. En matière d’alimentation par exemple, les intérêts des consommateur.rices et des producteur.rices ne peuvent que converger quand les uns demandent des produits de meilleurs qualités et les autres une plus juste rémunération. Les magasins coopératifs (BreizhiCoop sur Rennes), de producteurs (Brin d’herbe à Chantepie et Vezin le Coquet) ou les initiatives privés (Tigrains dans le quartier de Maurepas Les Gayeulles à Rennes) montrent que de ces considérations peuvent émerger des modèles économiques qui fonctionnent et donc, des alternatives à encourager. 

Développer les commerces de petites dimensions, plus souples dans leur organisation (moins d’intermédiaires) et qui permettront de proposer des produits frais et locaux ne sera possible que si l’on aide également à se structurer les filières locales qui pourront les approvisionner (groupements de producteur.rices, outils de transformation collectif,  plateformes de logistique ou marchés d'intérêts régionaux…). Indispensable également, d’accompagner la relocalisation et la réorientation de la production vers plus de durabilité (agriculture biologique, production végétale…). Enfin ce développement constituera autant d’occasions d’embauche, sur nos territoires, de travailleur.ses affecté.es hier à des taches au sein de la grande distribution. Cette dernière considération nous imposant d’accompagner ces reconversions par la formation et des plans de filières à la hauteur.

 

Agir sur la distribution n’est donc qu’une étape de la nécessaire transition de nos systèmes alimentaires. Une étape également pour construire des territoires résilients face aux désagréments à venir. En pleine période de crise sanitaire et alors que légitimement, l’attention est portée vers la sécurité de nos concitoyens, prenons toutefois le temps de nous interroger sur l’autonomie alimentaire de nos territoires. C’est en tout cas une réflexion indispensable qu’il nous faudra mener pour les jours d’après.

#3 Derrière les murs, étendre le droit à la ville

11/04/2020

La crise sanitaire qui impose à tou.te.s l’expérience de confinement a fait basculer dans la précarité de nombreuses familles. Le confinement se transformant alors en double peine, notamment pour les mal-logés ou pour les enfants qui ne peuvent plus bénéficier, avec la fermeture des cantines, du seul repas quotidien correct en temps normal.

De plus, la promiscuité, d’ordinaire délicate produit des tensions et des violences que l’absence de « sas de décompression » et l’obligation de rester confinés peuvent générer. Cette crise révèle également les inégalités d’accès aux ressources morales, en plus de matérielles que le confinement exacerbe. Rendant bien délicate, quand l’ordinateur manque ou quand il doit être partagé, la mission de continuité pédagogique.

C’est dans ce contexte et la perspective du déconfinement qu’il est important de penser la ville d’après. Car, si cet espace, à l’aune de la crise sanitaire que nous vivons, apparait bien comme le lieu répondant aux besoins essentiels qui nous manquent aujourd’hui (éducation, espaces naturels, culture, commerces, sports…), il est aussi le lieu d’expression d’une identité collective, somme de nos aspirations individuelles, nos désirs de liberté, de confrontation, d’oubli ou de coopération.

Du confinement nait la sensation que la liberté, ce sont les autres. Et la sensation que c’est bien la cité qui préserve nos liens.

La ville, expression d’une solidarité de la proximité, à travers des services publics dont on reconnait plus que jamais le caractère essentiel, assoit sa légitimité à agir auprès des plus précaires, souvent face à un Etat défaillant dont les représentants semblent parfois agir à contre-courant de l’histoire, gestionnaires enfermés dans des logiques mathématiques plutôt que visionnaires. Il nous faudra renforcer le rôle de nos collectivités territoriales et garantir le financement de ces missions de service public, proposer une contribution plus juste au collectif dans un contexte budgétaire dont on pressent la pesanteur.

Nos villes et territoires doivent apparaitre davantage comme les lieux d’une autre consommation, d’un autre marché en réaction au lien distendu d’une économie mondialisée et déshumanisée. Celle incarnée par les usines à colis comme Amazon et ses nuisances souvent cachées d’un modèle économique de l’obsolescence (produit à bas coût et peu durable, contrat précaire…). Il nous faut utiliser de nouveaux indicateurs de développement et favoriser une économie reterritorialisée, face aux logiques individualistes et marchandes d’un vieux monde qui voudra aussi renaître, drapé des mêmes promesses de prospérité.

Dans ce moment charnière du déconfinement, assurer le renouveau démocratique de nos territoires pour que tou.tes s’écoutent, s’entendent, s’impliquent. Appuyons-nous sur les dispositifs de participation citoyenne, moteur d’une indispensable transition écologique. Il est primordial d’associer les habitant.es au moment où nos institutions viendront, dans le cadre de plans de relance, stimuler, arbitrer et désormais planifier auprès des acteurs économiques les besoins de la population, au risque que ceux-ci soient incompatibles avec l’exigence de territoires durables et résilients.

Aujourd’hui, les crises, sanitaire comme climatique, nourrissent nos aspirations à des sociétés plus sages, solidaires et conviviales. Au sortir de cet état de confinement, saisissons l’opportunité de reprendre en main nos territoires pour en faire les lieux de nos aspirations collectives. Du droit à la ville, construisons de nouveaux liens.

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