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Gaz à effet de serres et agriculture en Bretagne, pourquoi il faut réduire nos productions animales...en installant de nombreux agriculteurs

25 Février 2016, 18:36pm

Publié par Ludovic Brossard

Gaz à effet de serres et agriculture en Bretagne, pourquoi il faut réduire nos productions animales...en installant de nombreux agriculteurs

Ces réflexions émanent des lectures de nombreux travaux sur les rôles de l'agriculture vis à vis des Gaz à Effet de Serres (GES). Elles sont issus également de rencontres avec des spécialistes (Jean Jouzel, Jacques Caplat...) qui à leur façon montre une agriculture certes contributrice, mais également source de solutions face aux dérèglements climatiques.

Les Enjeux

L’agriculture est un secteur particulièrement vulnérable au changement climatique. Cette vulnérabilité, qui affecte les moyens de subsistance, menace plus durement les populations les plus pauvres du monde. Elle accroît la tension sur les systèmes alimentaires globaux, d’autant plus que la demande alimentaire va considérablement évoluer dans les 40 prochaines années. L’agriculture, émettrice de GES, joue aussi un rôle-clé dans la réduction de ces émissions et se retrouve ainsi au cœur d’enjeux complexes. Le Cirad parle de la nécessité d’évoluer vers une agriculture climato-intelligente, pour à la fois assurer une production répondant aux besoins des citoyens tout en s’adaptant au changement climatique et en l’atténuant.

Gaz à effet de serres et agriculture en Bretagne, pourquoi il faut réduire nos productions animales...en installant de nombreux agriculteurs

Source : CIVAM

Les objectifs de réduction des GES

La France s’est engagée à diviser par 4 ses émissions de GES à l’horizon 2050 (Loi Grenelle de l’environnement d’août 2009 et Stratégie Nationale Bas Carbone(SNBC) de novembre 2015). Dans la SNBC, l’agriculture française a pour objectif de réduire de 12% ses émissions entre 2013 et 2028. La SNBC définit des orientations fortes mais sans déclinaison dans les politiques sectorielles ou territoriales.

Le Schéma Régional du Climat, de l’Air et de l’Energie (SRCAE), élaboré par l’Etat et la Région, propose une réduction de 23 à 36 % pour l’agriculture. Il planifie aussi des actions à mettre en œuvre dans les domaines du changement climatique et de la transition énergétique pour atteindre cet objectif. Il sera décliné dans les territoires au travers des Plans Climat Air Energie Territoriaux (PCAET).

En 2021, l’UE va imposer aux états membres de mettre en place une comptabilité de leurs émissions/absorptions de GES en intégrant les variations de carbone des sols pour les terres cultivées et les pâtures.

Etats des lieux en Bretagne :

En Bretagne, le secteur agricole représente 45% des émissions de GES (source : GIP Bretagne environnement 2015). Les GES émis par le secteur agricole sont principalement d’origine « non énergétique » (peu de CO2). Ils proviennent essentiellement de l’élevage (méthane : CH4) et des matières azotées, engrais minéraux, lisiers, fumiers (protoxyde d’azote : N2O).

On peut classer ces émissions en deux groupes :

1. les émissions agricoles directes : représentent 70% du total des GES. Elles concernent pour 71% les activités d’élevage et pour 29%, les cultures. Elles proviennent essentiellement :

• 41% de la fermentation entérique des animaux

• 30% des pratiques de fertilisation

• 17% des déjections des animaux

• 12% de la consommation d’énergie fossile

2. les émissions agricoles indirectes : les émissions liées aux intrants représentent moins de 30% du total des GES du secteur. La très grande majorité (77%) est due à la fabrication et au transport des aliments du bétail.

Gaz à effet de serres et agriculture en Bretagne, pourquoi il faut réduire nos productions animales...en installant de nombreux agriculteurs

Source : GIP environnement

Les leviers d’actions pour la réduction des GES en agriculture

Différentes études (Ademe, INRA, etc.) ont permis de définir les pratiques agricoles vertueuses en matière de lutte contre les émissions de CO2. Le projet Life Carbon Dairy (piloté par l’Institut de l’élevage) a permis de développer un outil d’évaluation et d’aide à la décision en élevage de ruminants : CAP’2ER. L’ADAGE a également réalisée une étude sur 30 exploitations laitières d’Ille et Vilaine, deux types de systèmes ont été étudiés : les systèmes herbagers (16 exploitations) et les systèmes basés sur le maïs (14 exploitations).

Le développement de l’agroécologie est aussi souvent mentionné comme un compromis entre production agricole, stockage du carbone et réduction des émissions de GES.

Voici quelques exemples de leviers d’actions issues de l’étude Climagri ou Ademe :

Sur les pratiques agricoles:

  • Enrichir les sols en carbone en favorisant les pratiques qui accroissent le stock de matière organique et limiter celles qui augmentent les pertes :

_ Favoriser le stockage du carbone en maintenant les prairies, en optimisant le pâturage et en augmentant leur durée de vie (les systèmes herbagers = -14% d'émissions totales/1000 L de lait grâce à l’effet puits de carbone, source : Institut de l’élevage, étude Civam )

_ La plantation de haies bocagères, l’agroforesterie

_ Limiter la fréquence des labours et privilégier le semis direct

_ La mise en place de cultures intermédiaires et une couverture systématique du sol

  • La substitution des glucides par des lipides insaturés dans la ration des bovins nourris en bâtiment diminue la fermentation entérique émettrice de méthane et améliore la valeur nutritionnelle des produits (lait, viande) (voir source Ademe). Exemple de l’introduction de graines de lin dans la ration de toutes les vaches laitières productives : étude bleu blanc cœur.
  • La réduction de la fertilisation minérale azotée au profit des apports organiques
  • L’introduction de luzerne dans la rotation

En complément des pratiques agricoles :

  • Promouvoir les économies d’énergie et la production d’énergie renouvelable pour réduire la consommation d’énergie
  • Lutter contre l’artificialisation des sols
  • Intégrer aux filières de qualité existantes ces pratiques agricoles durables
  • Créer un éco-label
  • Donner au consommateur des clés de décision pour consommer des menus vertueux pour l'équilibre alimentaire et pour le respect de l'environnement
  • Informer les décideurs de la restauration collective des opportunités nouvelles qui s'offrent à eux pour concilier environnement et nutrition dans leurs choix de menus
  • Inciter une meilleure organisation et de la distribution des aliments
  • Dès lors qu’ils sont optimisés et sous certaines conditions (moyens de transport, etc.), les circuits courts de proximité présentent un potentiel important en terme de réduction des émissions de GES (source : étude Ademe)
  • Respecter la saisonnalité des produits

Pour l’Ademe, les modes de production et notamment la culture, pour les fruits et légumes, de produits de saison sont beaucoup plus déterminants en matière de bilan environnemental que le mode de distribution.

Les gains d’une stratégie bas carbone sur les émissions de GES en agriculture

Selon l’étude Climagri, les gains attendus en termes de réduction globale des émissions de GES restent modestes (ce qui est conforté par l’INRA : à production équivalente, le potentiel de réduction des GES du secteur agricole varie de 25 à 28%).

Le Ministère de l’agriculture a commandé à l’Ademe des scénarios prospectifs pour atteindre le facteur 4 (- 75 % de GES) à l’horizon 2050. Le scénario le plus volontaire montre au mieux une division par 2 des émissions : en optimisant les pratiques agricoles, en modifiant le régime alimentaire des Français (moins de protéines animales), en gaspillant moins la nourriture, en réduisant les échanges internationaux, en faisant évoluer les systèmes agricoles (agriculture biologique, agroécologie…) et en optimisant l’utilisation du foncier.

Les résultats en demi-teinte de ces scénarios prospectifs s’expliquent par le fait que 70% des émissions des bovins sont dues au méthane entérique dont les seuls leviers d’actions possibles à ce niveau sont d’une part l’amélioration de l’alimentation des animaux et d’autre part la réduction du cheptel breton.

Une politique ambitieuse de réduction des GES en agriculture aura donc des impacts très fort sur l’élevage, fortement représenté en Bretagne (9 exploitations sur 10, source : Agreste 2010).

Parmi les stratégies d’atténuation de l’impact des pratiques agricoles sur les GES, on note également des réflexions en cours sur la mise en place de crédits carbone ou compte CO2 pour valoriser le rôle positif de certains systèmes agricoles sur le stockage du CO2 (démarche AgriCO2 de Terrena ).

Je doute cependant de l'impact de tel dispositif face aux dérives constatées récemment du marché carbone européen et à la financiarisation de ces processus.

D’autres initiatives comme Carbocage visent à reconnaitre le rôle des haies bocagères sur le stockage du CO2.

Agroforesterie
Agroforesterie

Les stratégies d’adaptation au changement climatique:

Le projet AF’clim, (Ministère de l’Agriculture et de la Forêt) a analysé les principaux effets du changement climatique sur l’agriculture et la forêt afin d’imaginer des voies d’adaptation possibles et de sensibiliser l’ensemble des acteurs concernés.

Quelques exemples de mesures d’adaptation :

  • Diversifier voire réorienter les productions
  • Développer la recherche sur les semences locales et la sélection participative (voir étude INRA )
  • Améliorer la gestion des pâturages, rendus plus vulnérables avec les aléas climatiques, en proposant des espèces moins sensibles au stress hydrique
  • Vigilance accrue sur la répartition géographique des agents pathogènes, d’où aussi des recherches sur la santé animale
  • avoir recours à l'irrigation (Analyser en détail les effets environnementaux, le partage de la ressource et les évolutions possibles des systèmes agricoles préalablement à tout développement de l'irrigation).

En conclusion, si nous voulons mener une politique volontariste de réduction des GES issus de l'agriculture, il faudra à moyen terme engager la transition de nos systèmes agro-alimentaires. D'abord en se tournant massivement vers des systèmes agro-écologiques (comme l'agriculture biologique) qui ont un meilleur lien au sol. Ensuite en réduisant la production animale en faveur de productions végétales et des systèmes complémentaires de polyculture élevage, plus pourvoyeuses d'emplois. En permettant, grâce à la mise en place de Systèmes Alimentaires Territoriaux (j'y reviendrai dans quelques temps), un développement économique équilibré de nos territoires, en privilégiant les productions et la transformation de ces produits pour une consommation locale (ce qui devra nécessairement passer par une politique d'installation ambitieuse). Enfin, en misant sur la transformation de produits de qualité (développement des labels) pour l'export.

Vaste programme, mais c'est ainsi, en engageant dés aujourd'hui la transition écologique de nos systèmes agricoles que nous pourrons, en même temps que répondre aux enjeux du réchauffement climatique, garantir un avenir à nos agriculteurs et préserver le dynamisme et la vie dans nos zones rurales.

Ludovic Brossard

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