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Eccill

L'état d'urgence est climatique

14 Novembre 2015, 20:05pm

Publié par Eccill

L'état d'urgence est climatique

Guerre, représailles, bombardement… Prêcher la violence et la haine ne sont pas des réponses à la hauteur de ce que nous venons de vivre, et ce que vivent des milliers de personnes chaque jour dans le monde face à l’atrocité des attentats.
Le groupe Etat islamique, avec leurs références approximatives à Allah, utilise la religion pour ce qu’elle a de pire, une arme d’asservissement massive. Elle envoie des jeunes nourris à l’idéologie et la haine de l’occident se faire exploser contre des emblèmes pour faire vaciller la confiance en nos valeurs et nous rappeler que les pays occidentaux sont en guerre.
Ce fanatisme grandit dans des régions du monde en proie aux guerres civiles, que ce soit en Irak, en Syrie ou aux portes du Sahel.
Entre 2006 et 2009, les régions du croissant fertile (Irak, Syrie) ont connu les pires sécheresses jamais enregistrées, ce qui a provoqué un effondrement des récoltes, une hausse des prix alimentaires, le déplacement d’environ 1,5 million de personnes des campagnes vers les centres urbains, des déscolarisations massives... Ces sécheresses ont «catalysé» les problèmes de ces pays et renforcé des vulnérabilités qui existaient déjà. Ces phénomènes n’ont fait qu’accompagner l’incapacité de la dictature de Bachar et fils à mettre en place depuis des décennies une politique agricole cohérente et efficace. Le radicalisme et le fascisme ne naissent pas directement des sécheresses, bien sûr mais la misère qu’elles engendrent et dans laquelle nous laissons des peuples entiers souffrir de ces maux profite aux vendeurs de mort qui attendent derrière chaque guerre civile, chaque crise le moment d’asservir ce qui reste d’Hommes libres.
Par ses effets mondiaux non contrôlés, le changement climatique est à l’origine de l’explosion du nombre de réfugiés climatique. En 2013, on comptait 22 millions de déplacés pour des raisons climatiques, soit trois fois plus de personnes que de personnes déplacées à cause d'un conflit (source : Global Estimates du Conseil norvégien pour les réfugiés). Cette situation doit nous amener à plus de solidarité et de responsabilité.
Les engagements de la Cop 21, si engagements il y a, ne pourront s’extraire de ce contexte géopolitique, les gouvernements mais également nous citoyens devons nous atteler à mettre en perspective nos modes de vie avec cette réalité et agir en conséquence. Cela ne peut que nous responsabiliser face au réchauffement climatique, qui risque d’amplifier des tensions déjà existantes et qui sont les prémices à l’émergence d’un radicalisme dont nous voyons encore aujourd’hui les dégâts. L’écologie n’est pas une pensée superflue, elle est l’expression d’une compréhension du monde et d’une nécessité de considérer que la politique ne peut être basée sur des enjeux de compétitivité à court terme et sur le dogme d’une croissance infinie. La transition énergétique doit amener nos sociétés à évoluer vers un changement radical de nos modes de vie, de nos valeurs et de nos systèmes économiques.
Regardons en face notre manière d’appréhender le monde, comment expliquer que de droite ou de gauche les gouvernants se comportent en marchand d’armes et soient promptes à dérouler à toute occasion le tapis rouge aux dictatures du golfe comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, (comment oublier l’image de Sarkozy accueillant Kadhafi sur le perron de l’Elysée) pays qui prescrivent des châtiments inspirés par l’islam radical et qui sont quasi-identiques à ceux prescrits par l’Etat Islamique pour toute une série de « crimes » (blasphèmes, actes homosexuels…), s’il fallait prouver que ces pays ne sont pas des démocraties. Ces dictatures, en plus d’être une source d’inspiration théologique pour AQMI ou l’EI, jouent depuis trop longtemps un jeu trouble sur l’émergence et le financement de ce terrorisme, jeu qui ne tient semble-t-il qu’à des stratégies économiques. Tout comme le comportement détestable de la France et d’Areva en Afrique aux seules fins de se procurer un uranium à bas coût mais au prix d'ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales. Le Niger, principal fournisseur est en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain.
Soutenir l’indépendance énergétique de la France et l’Europe par la mise en place de politiques de réduction des dépenses énergétiques et le développement des énergies renouvelables est une façon d’éviter d’être tenus au silence face aux monarchies du Golfe et notre dépendance à leur pétrole. Là encore, lors de la Cop 21, nous devrons saisir l’occasion de contraindre les institutions à décarboner leurs investissements, comme ce sont déjà engagés à le faire certains investisseurs, l’avènement d’une économie bas carbone est primordial pour répondre à ces enjeux.
Aujourd’hui, face à l’horreur, laissons le temps à la compassion envers toutes ces victimes et leurs familles. Mais dès demain, il nous faudra réfléchir, échanger et regarder notre responsabilité pour qu’enfin nous empruntions une autre voie, celle d’une société fondée sur l’épanouissement et l’émancipation de la personne humaine, la prospérité des peuples et des citoyens.

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